Histoire officielle et Histoire des vaincus.

L'histoire de l'Espagne du XXème siècle a été modelé par le traumatisme de la guerre et les années de répression qui ont suivi.

La durée de la dictature permit au régime franquiste de modeler une histoire officielle du pays, d' où avaient disparu les vaincus, et la peur de ceux-ci restés en Espagne contribua à l'occultation du vécu et des souffrances de toute une partie de la population. S'est ainsi établie une distance entre l'histoire officielle du pays et une histoire circonscrite au milieu familial, celle des vaincus.

Face à ce récit officiel, l'importance de la mémoire orale de la guerre civile, en distinguant 3 générations :

La première, celle des trente années qui ont suivi le conflit, a eu comme uniques mémoires possibles celles de l'identification ou de la confrontation, fondées sur l'expérience vécue. Pendant cette période, deux mémoires s'opposaient, celle, officielle, développée par le régime franquiste, et celle transmise par l'exil républicain.

Plus tard, au moment de la Transition, s'est imposée la mémoire des enfants de la guerre, fondée cette fois sur la réconciliation. Celle-ci s'est développée en Espagne (elle était le fait de la génération des années soixante qui n'avait pas vécu la guerre), mais aussi dans l'exil, puisque déjà avant la mort de Franco les communistes en exil avaient misé sur la réconciliation. C'est cette génération qui a construit la Transition sur ce que l'on a appelé « un pacte d'amnésie ».

Cette étape fut suivie, à partir des années 90 et jusqu'à aujourd'hui, d'une mémoire de la restitution ou de la réparation. Elle a pour protagoniste une nouvelle génération, qui rejette radicalement la notion d'amnésie et revendique le devoir de mémoire. Après l'oubli collectif, plus ou moins imposé par le discours officiel, les Espagnols commencent à aspirer à la vérité historique. Ce sont alors les petits enfants, désireux de comprendre ce que fut la guerre des grands-parents, qui vont se faire les porteurs de cette mémoire qui resurgit.

Gregoria Palomar  Uni Lorraine

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